Figures Historiques de la Ville


Le Maître de Cabestany

Emu par la beauté du tympan retrouvé de l’église de Cabestany, petite commune de la banlieue de Perpignan, Josep Gudiol a désigné en 1944 comme le maître de Cabestany celui qui est à l’origine, outre celui-ci, de quelques autres chefs-d’œuvre de la statuaire médiévale.


C’est au hasard de l’exécution de travaux que fut découvert ici en 1930 un tympan en marbre blanc, représentant l’Assomption de la Vierge , qui donna le nom à cet anonyme sculpteur du XIIème siècle. L’oeuvre est toujours conservée dans l’église de Notre Dame des Anges.


Il est aussi le seul sculpteur roman à avoir puisé dans la tradition italienne le motif de l’incrédulité de Saint Thomas et de la Ceinture de la Vierge : la « sacra cintola » est vénérée en Toscane depuis 1141. Et c’est bien en Toscane que l’on retrouve des oeuvres manifestement dûes au ciseau du même artiste.

 


A Bonnery,MBurrini ,
G Mallet
Édition Zodiaque


La façade de l’église Sainte Marie du Boulou a pour seul décor un portail conçu comme un arc de triomphe antique.

A Saint Hilaire, au milieu du XIème s. le monastère, existant depuis le Vème, vit la construction d’une nouvelle abbatiale romane qui subsiste en partie aujourd’hui. C’est dans son absidiole sud qu’est conservé le sarchophage en marbre blanc sculpté par le Maître de Cabestany et qui représente le martyre de Saint Sernin.

L’abbaye de Saint Papoul, fondée à l’époque carolingienne, adopte au XIème s. la règle bénédictine. L’abbatiale est construite dans la seconde moitié du XIIème s. Elle est riche d’un ensemble monumental important dû au ciseau du Maître de Cabestany : vingt huit modillons et huit chapiteaux décorant le chevet. Deux de ces chapiteaux sont historiés et représentent, l’un « Daniel dans la fosse aux lions », l’autre « Le châtiment des Babyloniens », deux scènes tirées du Livre de Daniel .

Dans cette ancienne abbaye de Lagrasse dont le rayonnement atteignit son apogée au XIIIème s. et dont l’ensemble monumental mérite incontestablement le détour même si différentes époques s’y côtoient, on trouve des voussoirs attribués au Maître de Cabestany. Certains sont conservés dans le cimetière communal, enchassés comme élément de décoration dans la chapelle funéraire de la famille Berlioz. D’autres sont dans l’abbaye elle-même. L’un d’entre eux porte l’inscription très lisible « ROTBERTUS ». On peut voir aussi un bloc de marbre blanc dans lequel a été sculptée une tête animale monstrueuse qu’une main saisit par la toison du crâne.
S’agit-il d’oeuvres du Maître ou de son atelier ? Aucen élément de certitude à ce sujet. A signaler toutefois qu’un cartulaire cite un Abbé ROBERT qui dirigea la communauté de Lagrasse de 1161 à 1167, exactement la période à laquelle le Maître de Cabestany et son atelier ou les artistes de son cercle exerçaient leur art en Languedoc.


Les deux chapiteaux du Musée Archéologique de Narbonne sont parmi les dernières attributions affectées au cercle du Maître de Cabestany.


Le prieuré de monastir del camp (passa), inséré dans une bâtisse aux airs de forteresse, abrite une grande église à nef unique voûtée en berceau.
L'église, édifice à nef unique du XI ème possède un portail roman de marbre blanc de Céret du XII ème siècle, composé de quatre colonnes rondes surmontées de magnifiques chapiteaux sculptés,

L’église de Rieux-Minervois, construite dans la seconde moitié du XIIème s., présente un plan en rotonde qui s’organise autour du chapiteau glorifiant l’Assomption/Dormition de Marie.


 

La légende de Guillem de Cabestany


Le récit qui suit s'est répandu dans toute l'Europe médiévale. Quelle est son origine ? Je n'en sais absolument rien pour ma part. Toujours est-il qu'on en retrouve l'essentiel dans le célèbre Décameron de Boccace. Dans sa version catalane, c'est le troubadour Guillem de Cabestany qui en est le héros malheureux.
Guillem de Cabestany aurait été élevé en qualité de page au château de Ramon de Castell-Rosselló, non loin du château de Cabestany. Devenu écuyer de la châtelaine, dame Saurimonde, il séduit celle-ci par son charme et ses talents poétiques. Il compose d'ailleurs pour elle des chansons, dont le contenu met la puce à l'oreille de Ramon, le mari trompé. Ce dernier, lors d'une partie de chasse, demande à Guillem quel est le nom de la belle qu'il honore ainsi, et le jeune chevalier répond par un mensonge : ce serait Agnès, la soeur de Saurimonde, épouse de Robert de Tarascon. Mise au courant de ce mensonge, Agnès fait tout pour que Ramon ne se doute de rien. Elle en fait même un peu trop, si bien que Saurimonde, jalouse, demande à Guillem de composer pour elle une nouvelle chanson où il devra déclarer qu'il n'aime et n'a jamais aimé qu'elle. Guillem exécute cet ordre, qui signe son arrêt de mort.
N'ayant plus maintenant aucun doute, Ramon emmène Guillem loin du château, le poignarde, lui coupe la tête et lui arrache le coeur. A son retour, il remet le coeur à son cuisinier, lui ordonne de l'accommoder en venaison, puis le fait servir à sa femme. Cette dernière déclare qu'elle n'a jamais mangé de mets plus délicat. Alors Ramon lui présente la tête sanglante de Guillem, et lui explique la nature de ce qu'elle vient de manger. Désespérée, Saurimonde se précipite vers une fenêtre et se jette dans le vide.


S'ALLARGA EL DIA EN TENDRE EXCÉS

 

S'allarga el dia en tendre excés,
les flors esclaten pels vergers
i els ocells coregen llurs rims
pels bardissars, que feia ombrers
el fred; mes ara pels alts cims
i entre les flors i els branquells prims,
piulen en gaia volior.

I jo m'enjoio amb tal clamor
car tinc al cor un goig d'amor,
de què un desig molt dolç ha eixit.
Fix com la serp al sicomor,
no me'l traurà el malreeixit.
Tot altre goig esdevé oblit
davant l'amor que, ai las, no em val.

Des que menjava el fruit fatal,
Adam, de què ens perdura el mal,
més bella no n'ha fet el Crist:
cos preciós, dels ulls regal,
blanc i fi, com mai no s'ha vist ...
Tan bella és, que en resto trist,
car ella en mi no para esment.

Poc que jo vull fer-me'n absent,
que mai l'amor que ara m'encén
pugui fer via a altres destins,
car, a cops, tal deseiximent
fa que s'escampi fora i dins.
L'amor cobreix els meus camins
talment és ric de flors l'hisop.

 

 

I estimo tant que més d'un cop
tinc por que la mort m'és a prop.
Prou l'Amor vull, prô m'és hostil,
i això em lacera a tot estrop.
El foc que em crema és tal, que el Nil
l'extingiria igual que un fil
aguantaria un tron d'honor.

Mes jo tot sol mantinc l'ardor
del meu amor, ric de temor,
de fins desigs, d'angoixa greu,
i m'engrogueixo de color.
Prô si fos vell i volgués Déu
que ella em veiés blanc com la neu,
no em sentiria ni un lament.

Perquè midons torna valent
el desvalgut i el malcontent.
Que tal qui és franc, d'humor tranquil,
si no estimés dama avinent
per tothom fóra esquiu o vil.
D'on amb qui és digne sóc humil
i uso d'orgull amb el dolent.

Joglar, mal que ja és lluny l'abril,
vés als amics, parla-hi gentil,
més amb Raimon, baró excel.lent.

Que el mal m'és un plaer subtil,
i l'escàs bé, dolç nodriment.